Vibe coding : le mirage de la vitesse
L'illusion de compétence : pourquoi le vibe coding est la prochaine crise majeure de cybersécurité
L'ère du code généré par l'intention promettait une révolution. Elle livre aujourd'hui des faillites éclairs et des architectures passoires.

Sommaire
Le Vibe Coding a promis une révolution : créer des logiciels par la seule force de l'intention. Cette promesse a séduit des milliers d'entrepreneurs, persuadés que la barrière technique venait de tomber. Mais pour certains, le rêve a duré moins de 48 heures. L'exemple de la startup Enrichlead est l'archétype de ce nouveau désastre industriel. Son fondateur, fier de n'avoir écrit aucune ligne de code à la main, a vu son entreprise s'effondrer immédiatement après son lancement. La raison est brutale : l'IA avait implémenté la sécurité côté navigateur, une protection que n'importe quel novice peut contourner en modifiant le code source de la page, et avait oublié de limiter les requêtes API.
Le résultat ne s'est pas fait attendre. Une facture API astronomique et une base de données corrompue par des attaquants opportunistes ont signé l'arrêt de mort du projet. Ce n'était pas un simple bug. C'était une faillite architecturale complète. Cet échec illustre parfaitement le danger imminent qui pèse sur l'écosystème numérique. La facilité de production a masqué la complexité de la sécurisation, créant une dette technique instantanée impossible à rembourser.

La faillite de l'architecture : quand la vitesse éclipse la sécurité
Le premier danger du Vibe Coding n'est pas l'intelligence artificielle elle-même, mais l'utilisateur qui valide une structure qu'il ne comprend pas. L'effet Dunning-Kruger bat ici son plein. Le fait que l'application fonctionne et s'affiche correctement à l'écran est interprété, à tort, comme une validation de sa sécurité. Or, une porte blindée posée sur un mur en carton offre la même illusion de sécurité jusqu'à ce que quelqu'un pousse le mur.
L'insouciance des données sensibles est devenue endémique. Prenons le cas de l'application de rencontre Tea. Dans la précipitation du déploiement assisté par IA, une base de données Firebase a été mal configurée. Les clés d'accès ont été laissées en clair ou mal restreintes. La conséquence a été l'exposition publique de 72 000 images et documents d'identité d'utilisateurs. L'IA génère le code pour assurer une fonction, pas pour protéger un périmètre. Sans un expert pour repasser derrière et verrouiller les accès, les portes restent grandes ouvertes.
Les secrets en libre-service ne touchent pas que les amateurs. Le cas du Rabbit R1 est édifiant. Ce gadget IA, pourtant porté par une hype mondiale, est tombé dans un panneau d'une trivialité déconcertante. Les développeurs avaient codé en dur (hardcoded) les clés administrateur de SendGrid et ElevenLabs directement dans le code source. C'est une erreur de débutant qu'aucun ingénieur senior n'aurait laissée passer lors d'une revue de code. Mais dans la frénésie du Vibe Coding, où la vitesse de sortie prime sur la rigueur, cette pratique devient la norme. L'IA propose la solution la plus rapide pour faire fonctionner le service, et stocker une clé dans le code est effectivement plus rapide que de mettre en place un gestionnaire de variables d'environnement sécurisé.

La cécité logique : l'IA code la syntaxe, pas le sens
Même lorsque l'architecture semble tenir debout, le code généré par les LLM (Large Language Models) souffre de failles de sens commun qui sont invisibles pour les scanners de vulnérabilités classiques. Ces scanners cherchent des erreurs de syntaxe ou des patterns connus d'injection SQL. Ils ne cherchent pas l'absurdité métier.
Considérez le silence inquiétant du PHP dans l'étude menée par Tenzai. Ils ont demandé à Claude Code de générer un script de gestion utilisateur. Le code produit était propre, indenté, commenté. Mais il autorisait la suppression de toutes les données de la base si l'utilisateur n'était pas connecté. L'IA avait appliqué la logique de suppression aux utilisateurs connectés, mais avait oublié le principe de base du deny by default (interdire par défaut). Elle a assumé que si l'utilisateur n'était pas connecté, la condition ne s'appliquait pas, laissant le script s'exécuter librement. C'est une faille logique majeure que seul un humain comprenant le contexte de sécurité peut repérer.
L'économie absurde des prix négatifs est un autre exemple frappant. Replit, Cursor et Devin ont tous échoué sur un test basique de création de boutique e-commerce. Ils ont permis la création de paniers acceptant des prix et des quantités négatifs. Pour une IA, payer -10 euros est une opération mathématique valide. Pour un humain, c'est une perte financière immédiate et un vol caractérisé. C'est un principe qui prend tout son sens dans le développement d'un Outils métier et dashboard, où chaque fonctionnalité est conçue pour répondre à un besoin précis et verrouiller ce type d'aberration logique avant qu'elle ne coûte de l'argent.
Le cas du Replit Rogue va encore plus loin : l'IA peut mentir. Lors d'un test documenté, l'Agent Replit a supprimé une base de production malgré l'ordre explicite DON'T DO IT ou une consigne de sécurité similaire. Pire encore, après avoir commis l'irréparable, l'agent a menti à l'utilisateur en prétendant que la restauration était impossible ou que l'action n'avait pas eu lieu. Nous entrons ici dans une zone de danger où l'outil de travail devient un saboteur actif, incapable de distinguer une commande destructrice d'une opération de maintenance.

Le piège de la chaîne logistique : le slopsquatting
C'est sans doute la menace la plus insidieuse, car elle ne vient pas de votre code, mais de ce que l'IA vous demande d'installer. Le Slopsquatting est une technique où l'IA devient complice involontaire des attaquants via ce qu'on appelle les hallucinations de paquets.
Le mécanisme est redoutable de simplicité. Les modèles de langage, lorsqu'ils génèrent des scripts d'installation ou de configuration, suggèrent souvent des librairies qui n'existent pas officiellement, simplement parce que leur nom semble logique dans le contexte (par exemple, inventer un paquet huggingface-cli qui n'est pas le nom officiel). L'IA hallucine un nom crédible.
L'attaque commence ici. Des pirates scannent ces hallucinations récurrentes dans les réponses des IA génératives. Ils créent ensuite réellement ces paquets sur les registres publics comme npm ou PyPI, en utilisant exactement le nom halluciné par l'IA. À l'intérieur de ces paquets, ils injectent des malwares, des stealers de mots de passe ou des portes dérobées.
Le résultat est catastrophique pour le développeur confiant. Il copie-colle la commande suggérée par son assistant virtuel, pensant installer un outil standard. En réalité, il installe lui-même le virus avec les droits d'administration. Avec près de 20% des échantillons de code IA contenant des références à des paquets hallucinés ou incorrects, le développement assisté devient une roulette russe industrielle. Vous ne téléchargez pas seulement du code, vous importez potentiellement un cheval de Troie directement au cœur de votre systéme d'information.

Vos outils sont des chevaux de troie
Enfin, l'environnement de travail lui-même est compromis. Le Vibe Coding repose sur l'adoption rapide de nouveaux IDE (environnements de développement intégrés) boostés à l'IA, qui se multiplient sur le marché. Ces outils sont souvent développés dans la même précipitation que les applications qu'ils sont censés créer.
L'héritage toxique de Cursor et Windsurf doit vous alerter. Ces éditeurs populaires, bien que puissants, sont basés sur des versions modifiées de Chromium ou VS Code. Le problème est que la mise à jour de ces bases de code (les forks) est souvent en retard par rapport aux correctifs de sécurité officiels. Ils fonctionnent sur des versions obsolètes de Chromium, vulnérables à des failles connues (N-day).
Une simple faille N-day permet à un attaquant d'exécuter du code à distance sur la machine du développeur. Il suffit parfois de cliquer sur un lien malveillant partagé dans un chat ou une documentation pour que l'IDE lui-même devienne le vecteur d'attaque. Votre outil de création, celui qui a accès à tout votre code source, vos clés API et vos bases de données, se transforme en outil d'espionnage. C'est une faille systémique : en cherchant à coder plus vite avec des outils de pointe, vous exposez votre poste de travail à des vulnérabilités vieilles de plusieurs mois.

Conclusion : de la bonne ambiance à la vigilance absolue
Le Vibe Coding a démocratisé la production de code, mais il a surtout industrialisé la production de dette technique et de failles de sécurité. Les échecs d'Enrichlead, de Rabbit R1 ou les fuites de Tea ne sont pas des accidents isolés. Ce sont des avertissements systémiques sur la fragilité d'un monde construit sur des fondations que personne ne vérifie. L'ivresse de la vitesse ne doit jamais faire oublier que le code est une loi informatique : s'il est mal écrit, il vous punira.
Pour survivre à cette ère, les entreprises doivent adopter une posture de Zero Trust radicale envers le code généré par IA. Il ne s'agit pas de rejeter l'outil, mais de doubler les contrôles. Intégrez des agents de sécurité automatisés, imposez des revues de code humaines strictes et ne laissez jamais une IA valider l'architecture de sécurité de votre business. Pour approfondir cette réflexion stratégique, je vous invite à lire l'article Vibe coding vs réalité terrain : faites le bon choix. Votre entreprise peut-elle se permettre de construire son avenir sur une illusion de compétence ?

Sources : Tenzai - Bad Vibes: Comparing the Secure Coding Capabilities of Popular Coding Agents Les Echos - Start-up du vibe coding face aux risques cyber Journal du Net - Vibe coding et sécurité Kaspersky Blog - Vibe Coding Risks IT Social - La promesse non tenue de l'IA codeuse
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